Le reste, comme l’hébergement, les fichiers ou même les contenus, se règle presque toujours. Le domaine, non.
Cette situation est plus courante qu’on ne le croit. On la lit régulièrement dans les avis d’entreprises romandes : « du jour au lendemain, plus aucune réponse », « trois mois avec des doubles réservations sur notre site, sans aucune aide », et cette phrase qui revient « par contre, pour les rappels de facture, ils sont à la seconde près ».
Dans la majorité des cas, il n’y a pourtant aucune mauvaise intention derrière. Un indépendant qui cesse son activité, une petite structure qui ferme, quelqu’un qui change de métier : le site continue de tourner, seul, jusqu’au jour où il faut y toucher. Ce n’est pas rassurant, mais ça change la façon de s’y prendre, vous n’avez pas un adversaire en face, vous avez un dossier à reconstituer.
Voici six vérifications à faire, dans l’ordre.
1. À qui appartient votre nom de domaine ?
C’est votre adresse sur internet : votre-entreprise.ch. Elle est louée chaque année auprès d’un bureau d’enregistrement, et une seule personne y est inscrite comme titulaire.
Pour un domaine en .ch, vous pouvez consulter ces informations publiquement sur le site de SWITCH, le registre suisse. Cherchez votre domaine et regardez le titulaire.
Trois cas :
Votre nom ou celui de votre entreprise apparaît. Parfait. Vous êtes propriétaire, personne ne peut vous en priver. Il vous reste à retrouver vos accès — ce qui se fait avec une pièce d’identité et un peu de patience.
Le nom de votre prestataire apparaît. C’est le cas délicat. Le domaine ne vous appartient pas juridiquement, même si vous l’avez payé. Contactez le bureau d’enregistrement en expliquant la situation, avec vos factures : les transferts se règlent souvent à l’amiable, surtout quand l’entreprise a cessé son activité.
Vous ne trouvez rien, ou l’information est masquée. Le bureau d’enregistrement pourra vous renseigner sur présentation de vos justificatifs de paiement.
Le réflexe qui coûte cher : ne laissez jamais expirer un domaine pendant que vous cherchez. Un domaine libéré peut être racheté par n’importe qui en quelques heures, et vous ne le récupérerez plus. Si la date d’échéance approche, payez le renouvellement d’abord, vous démêlerez ensuite.
2. Où votre site est-il hébergé ?
L’hébergement, c’est l’espace où vivent les fichiers de votre site. En Suisse, il s’agit souvent d’Infomaniak, de Hostpoint ou d’un prestataire similaire.
Regardez vos relevés bancaires des deux dernières années : si vous payez directement l’hébergeur, vous avez un compte, et donc un moyen de récupérer vos accès. Si c’est votre prestataire qui payait, appelez l’hébergeur avec vos factures, les services suisses ont l’habitude de ces situations et sont généralement coopératifs.
3. Que reste-t-il de votre site ?
Trois questions à vous poser en le regardant :
- Est-il encore en ligne ? S’il s’affiche, tout n’est pas perdu, loin de là.
- Comment est-il construit ? Un site sous WordPress se reprend facilement, par n’importe quel professionnel. Un site codé sur mesure, sans documentation, est souvent plus coûteux à reprendre qu’à refaire.
- Se met-il encore à jour ? Un site laissé sans entretien pendant deux ans accumule des failles de sécurité. Il fonctionne peut-être, mais il est vulnérable.
4. Faites une sauvegarde aujourd’hui
Avant toute chose, mettez vos contenus à l’abri. Enregistrez vos textes, vos photos, la liste de vos pages. Un simple document et un dossier d’images suffisent.
Ces contenus vous appartiennent : vous les avez fournis ou payés. Ce sont eux qui représentent le plus de travail, bien plus que la mise en page. Les avoir en sécurité vous fait gagner des semaines, quelle que soit la suite.
Et si votre site est déjà hors ligne, tout n’est pas perdu : des archives publiques du web conservent souvent une copie des pages anciennes. On y récupère régulièrement des textes qu’on croyait disparus.
5. Reprendre ou repartir de zéro ?
C’est la question qui décide du budget. Elle se tranche sur deux critères :
Reprendre a du sens si le site est sous un système courant, s’il fonctionne encore correctement sur téléphone, et si vous en avez récupéré les accès. Comptez alors quelques heures de remise en état plutôt qu’un projet complet.
Repartir de zéro est plus économique si le site date de plus de cinq ans, s’il s’affiche mal sur téléphone, s’il a été codé sur mesure sans documentation, ou si personne ne retrouve les accès. Réparer un site dont on n’a ni les clés ni le plan coûte souvent davantage que d’en construire un neuf.
Un professionnel honnête vous le dira après avoir regardé, gratuitement, en dix minutes.
6. Ce qu’il faut exiger la prochaine fois
Cette mésaventure a au moins un mérite : elle vous apprend quoi demander. Trois points à écrire noir sur blanc avant de signer :
Le nom de domaine à votre nom. Pas au nom de l’agence, pas au nom du développeur. Au vôtre. C’est non négociable et ça ne coûte rien.
Vos propres accès à l’hébergement. Même si vous ne les utilisez jamais, vous devez les avoir.
Un système que d’autres savent reprendre. C’est la raison pour laquelle je livre tous mes sites sous WordPress : si je disparais demain, n’importe quel professionnel prend le relais sans repartir de zéro. Un site sur mesure est parfois plus élégant, mais il vous rend dépendant d’une seule personne.
En 2023, son prestataire a cessé son activité brutalement, laissant un site inachevé fait de fichiers statiques inexploitables. J’ai repris le projet depuis le début, précisément pour que la situation ne puisse plus se reproduire.
Questions fréquentes
Adressez-vous directement au bureau d’enregistrement du domaine et à l’hébergeur, factures à l’appui. Ils sont habitués à arbitrer ces situations. Une mise en demeure écrite suffit généralement à débloquer les cas de mauvaise foi.
De quelques heures de travail, comptez 82,50 CHF de l’heure chez moi, à un projet complet dès 3 000 CHF si le site doit être refait. La différence se joue sur son âge et sur les accès disponibles. Le diagnostic, lui, est gratuit.
Oui, dans presque tous les cas. S’il est encore en ligne, il suffit de les copier. S’il est hors ligne, les archives publiques du web en gardent souvent une copie.
Un site qui fonctionne n’est pas un site en sécurité. Sans mises à jour, il accumule des failles connues, ralentit et finit par s’afficher de travers. Le jour où il tombe, c’est votre vitrine qui reste fermée.
Domaine à votre nom, vos propres accès, un système courant, et quelqu’un qui s’occupe des mises à jour. C’est exactement ce que couvre un forfait d’entretien.